La nigredo est, dans la tradition alchimique européenne, la première phase du Grand Œuvre — l'œuvre au noir. Elle consiste en la putréfaction, la calcination, la dissolution de la matière première (prima materia) jusqu'à un état noir, mortifère, en apparence stérile.

Cette phase est suivie de l'albedo (œuvre au blanc, purification) puis de la rubedo (œuvre au rouge, perfection). Le passage par le noir n'est pas accidentel : il est nécessaire. Pour que naisse la pierre philosophale, il faut d'abord que meure le métal vulgaire.

Lue spirituellement — comme l'a fait Carl Gustav Jung dans Psychologie et alchimie (1944) et Mysterium Conjunctionis (1955) —, la nigredo est l'étape de la traversée de la mort intérieure, de la confrontation avec l'ombre, de la dépression initiatique qui précède toute renaissance véritable. Elle correspond, dans l'expérience psychique, à ce que les traditions appellent « nuit obscure de l'âme » (saint Jean de la Croix), bardo ou kāmaloka.

Étymologie

Latin nigredo, de niger (noir) — « noirceur », « état noir ».

Sources

Splendor Solis, XVIᵉ s. — Michel Maier, Atalanta Fugiens, 1617 — Carl Gustav Jung, Psychologie et alchimie, 1944.

Voir aussi

Arcane XIII · Plérôme

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